RÉFLEXION
L’hospitalité forge des liens
La Bible, Source d’inspiration
La Bible continue de nos jours à inspirer les chrétiens engagés,
y compris dans leur relation avec des visiteurs, aussi bien amis qu’anonymes.

L’Ancien TestamentPartie de la Bible contenant des textes antérieurs à la naissance de Jésus. (Genèse 18:1-10), nous rapporte par exemple qu’Abraham et sa femme Sarah reçoivent trois hôtes mystérieux avec beaucoup d’attention et de serviabilité. Si, pour la tradition artistique des chrétiens orthodoxes, ce récit du patriarche fait référence à la Sainte TrinitéConception selon laquelle il n’y a qu’un seul Dieu qui se manifeste en trois natures : le Père, le Fils (Jésus de Nazareth) et le Saint-Esprit., il évoque aussi la ‘Philoxénia’ (hospitalité) d’Abraham, hospitalité manifestée envers un étranger, Dieu lui-même sous les traits d’un ange.

Dans l’ÉvangileUn des 4 livres de la Bible qui se concentrent sur les actions, la mort et la résurrection de Jésus. Les 4 évangélistes sont Matthieu, Marc, Luc et Jean. Littéralement, évangile signifie « bonne nouvelle ». Ce terme fait référence au message central de ces livres., Dieu, représenté comme un étranger, correspond à la plus profonde aspiration de recevoir un hôte. Écoutez les œuvres de Miséricorde (Math. 25:35): « Car j’étais un étranger et tu m’as hébergé ». Dieu lui-même frappe à ta porte. Lors du Jugement dernier, Il tiendra compte de cette œuvre miséricordieuse.
Chez Marthe et Marie (Luc 10:38-42) Jésus exhorte dans sa prédication à porter toute attention à la personne de l’hôte, à ne pas se perdre en conjectures.
Pour l’apôtreC’est le nom donné aux douze principaux disciples de Jésus, qui ont été envoyés par lui pour prêcher l’Évangile. Par extension, le terme est également utilisé pour d’autres prédicateurs, tels que Paul et le père Damien (« l’apôtre des lépreux »). Paul, l’hospitalité est une vertu particulière, certainement pour les responsables (Rom. 12:13; 1 Tim. 3:2; 1 Tim 5:10; Tite 1:7-8). Pierre aussi invite son auditoire à pratiquer l’hospitalité sans réticence (1 Pierre 4:9). Dans l’épître aux Hébreux (13:2), il évoque Abraham: « Ne négligez pas l’hospitalité; d’aucuns ont hébergé des anges à leur insu ».
Initiatives hospitalières à Anvers et en Europe
Cette valeur estimée entre toutes est un geste de charité pratiqué par les disciples du Christ. Mise à part l’hospitalité privée, des Chrétiens ont institutionnalisé ce service social pour lui donner de l’extension.

À la fin de l’Empire romain, il n’existait que peu d’institutions chrétiennes pour héberger et soigner des étrangers et des pauvres; ils y sont traités ‘en hôtes’. L’Hôtel-Dieu à Paris ne date-t-il pas du 7e siècle ? Dans les Balkans, sous le vocable ‘xenodochium’ l’on désigne un hospice spécialement destiné aux étrangers.
Les PèresPrêtre qui est membre d’un ordre religieux. bénédictins ont crée, au début du moyen-âge, un réseau d’hospices pour voyageurs. Leur règle datant d’environ 540 leur dicte de recevoir chaque hôte comme s’il s’agissait du Christ lui-même; depuis, un quartier destiné aux hôtes flanque chaque abbayeUn ensemble de bâtiments utilisés par les moines ou les moniales. Seuls les cisterciens, les bénédictins, les norbertins et les trappistes ont des abbayes. Une abbaye s’efforce d’être autosuffisante.. Á Anvers c’est l’abbaye NorbertineMembre d’un ordre religieux fondé en 1220 par saint Norbert à Prémontré (Nord de la France). D’où le nom officiel de Prémontré : chanoine régulier de l’Ordre de Prémontré. À Anvers, l’abbaye de Saint-Michel était une abbaye prémontré. SaintIl s’agit d’un titre que l’Église accorde à une personne décédée qui a mené une vie particulièrement juste et fidèle. Dans l’Église catholique romaine et l’Église orthodoxe, les saints peuvent être vénérés (mais pas adorés). Un certain nombre de saints sont également des martyrs. Michel qui sera durant des siècles la plus prestigieuse des hostelleries. Plus d’un souverain, tels que Richard Cœur de Lion, Marie de Médicis ou Pierre le Grand, y jouirent d’un séjour agréable.

Un chapitreEnsemble des chanoines attachés à une cathédrale ou à une autre église importante, qui est alors appelée église collégiale. Dans un monastère ou une abbaye, c’est aussi la réunion des religieux, dans une salle capitulaire, » avec voix au chapitre « . traite des grandes routes de pèlerinage, plus spécialement celle vers Saint-Jacques de Compostelle, au Nord de l’Espagne. S’y greffe tout un réseau d’hospices dirigés soit par des couventsComplexe de bâtiments dans lesquels vivent ensemble les membres d’un ordre religieux. Ils suivent la règle de leur fondateur. Les ordres monastiques les plus anciens sont les Chartreux, les Dominicains, les Franciscains et les Augustins [et leurs homologues féminins : Chartreuses, Dominicaines, Franciscaines ou Clarisses et Augustines]. Note : Les bénédictins, prémontrés et cisterciens [et leurs homologues féminins] vivent dans une abbaye ; les jésuites dans une maison. soit par d’anciens pèlerins ou autres particuliers. En tant qu’escale sur le tronçon du Nord du Chemin de Compostelle menant à Paris, Anvers disposait au 15e siècle d’une maison de pèlerins avec chapelleUne petite église qui n’est pas une église paroissiale. Elle peut faire partie d’une entité plus grande, comme un hôpital, une école ou un lieu de culte, ou être autonome.
Une partie clôturée d’une église avec son propre autel.
en dehors des vieux remparts. Cette chapelle préfigura l’église monumentale de Saint-Jacques. Au 16e siècle, nous retrouvons cet hospice à la ‘Prinsesstraat’.
De nombreuses notes de voyage de pèlerins vers Compostelle nous donnent des exemples d

’hospitalité. Un beau jour, une villageoise présente à Jean de Tournai et à son compagnon Guillaume une omelette fraîche: pareil geste d’amitié aiguise l’appétit.
Mais l’hospitalité peut vous faire faire des affaires. Le cas échéant, elle vous permet de subtiliser de l’argent, sournoisement. La célèbre légende de Saint Jacques qui sauve un innocent de la pendaison, tandis que l’aubergiste cupide et criminel est condamné à mort, illustre parfaitement qu’un véritable chrétien doit s’opposer à toute tromperie envers des étrangers.

Saint Julien l’Hospitalier, Sainte Gertrude de Nivelles (tous deux au 7e siècle) et d’autres encore sont devenus patrons d’hospices pour avoir pratiqué eux-mêmes l’hospitalité d’une manière exemplaire. À Anvers, tout comme à Rome, existe un Hospice Saint-Julien.
Lors des croisades s’érigèrent de véritables ordres de chevaliers hospitaliers: l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (l’Ordre de Malte, aux environ de 1048) et l’Ordre Teutonique (1190) pour recueillir les pèlerins et les protéger contre les Mahométans hostiles.
Autre exemple, lénifiant celui-là: la race des chiens Saint-Bernard. Ils doivent leur nom, comme d’ailleurs deux montagnes et cols des Alpes suisses, à Saint Bernard de Menton qui y fondit une abbaye en 962. Les moinesMembre masculin d’un ordre monastique qui se concentre sur une vie équilibrée entre la prière et le travail dans la solitude d’un monastère ou d’une abbaye. se faisaient un devoir de rechercher grâce à leurs chiens les voyageurs égarés ou ensevelis sous la neige. La reconnaissance des rescapés fut telle que les pères obtinrent des dons de toute l’Europe.
Depuis le 13e siècle, beaucoup d’hospices urbains sont devenus des maisons de soins (nos ‘hôpitaux’ modernes): on y apporte des soins médicaux à ses propres citoyens ‘hospitalisés’, le terme restant inchangé.
Voyager venant plus à la portée du citoyen moyen, l’hébergement se commercialise de plus en plus : ‘auberges’ à la campagne et ‘hôtels’ en ville dès le 18e siècle ; à Anvers entre autres ‘Le Grand Laboureur’ (Meir) et ‘Saint Antoine de Padoue’ sur la Place Verte. Le 19e siècle voit les hôtels sortir de terre comme des champignons aux abords des gares ferroviaires, y compris à Anvers. Au 20e siècle, la démocratisation des voyages voit nombre de petits hôtels et pensions céder la place aux grandes chaînes hôtelières. La mobilité les amène à s’installer près du grand boulevard extérieur, laissant le centre-ville historique aux petits hôtels.
À côté des campeurs et des jeunes (Auberge de Jeunesse) une ville portuaire comme Anvers se doit d’être particulièrement accueillante pour les marins. La première Maison Internationale des Marins, ouverte en 1891 à l’initiative publique, transférée au Falconrui en 1954, se veut neutre, alors que les églises ont été les premières à se soucier de protéger les marins contre le « dépaysement immoral ». Depuis l’an 2000, la mobilité accrue permettant au marins et camioneurs de passer souvent le weekend chez eux, les églises scandinaves mettent fin à mission sociale de plus de 125 ans. C’est dans un esprit oecuménique que les églises chrétiennes collaborent tant dans l’Antwerp Seafarers’ Centre que dans le Stella Maris Sea-mens Club (Italiëlei 72). Deux lieux où plus d’un marin peut un instant se sentir « à la maison ».
L’hospitalité, une valeur chaleureuse, impayable…
